A. BOUSTA


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Textes    

 

 

Abdelghani : l'homme et le militant

C'est presque par hasard que j'ai fait, il y a quelque années la connaissance de Abdelghani Bousta et je ne l'ai rencontré que peu de fois. L'estime et l'affection que m'ont inspirées en ces rares occasions l'homme et le militant m'ont fait ressentir douloureusement sa disparition prématurée.

Sur les conseils d'un ami, je m'étais adressé à lui pour lui demander une étude sur le Maroc pour un numéro spécial de la revue Hérodote (géographie et géopolitique) consacré à l'islamisme dans le monde arabo - musulman. J'ai été frappé par ses capacités d'analyse, son aptitude à aller aux tendances profondes à travers le conjoncturel, mais aussi par les qualités de probité, de modestie et de générosité qu'il déployait dans chaque engagement qu'il prenait.

Les conversations ultérieures portant sur nos expériences respectives et les problèmes de nos deux peuples m'ont fait découvrir chez lui les qualités rares que cinq décennies de vie militante m'avaient appris à apprécier au plus haut point. Dans les situations complexes du genre de celles qu'ont traversées les pays du Maghreb, il accordait beaucoup de prix à l'effort difficile pour faire converger ses idéaux et projets de société avec les données et évolutions concrètes, avec le vécu quotidien des acteurs sociaux. Se défiant des procès d'intention, il appelait à juger les uns et les autres non sur leurs seules déclarations mais avant tout sur leurs actes. Par dessus tout, il ne considérait pas la scène politique comme un terrain de manoeuvres, un échiquier sur lequel il s'agirait de téléguider les travailleurs et les citoyens comme des pions. Ce qui le préoccupait le plus chez les acteurs sociaux, c'était les hommes et les femmes avec leurs problèmes , leurs réactions, leurs difficultés, leurs espoirs et leurs souffrances. C'est pourquoi il considérait la cause des droits de l'homme, inséparable de ceux des citoyens, non comme une question humanitaire et complémentaire des affaires politiques, mais comme un enjeu essentiel au coeur des luttes socio-économiques, culturelles et de pouvoir. C'est pourquoi aussi il se défiait des luttes et manoeuvres d'appareils dont il ressentait les nuisances autant pour la cause démocratique et sociale que pour les personnes, les militants et les dirigeants impliqués.

La maladie qui l'a frappée ne nous a pas permis de pousser les échanges aussi loin que nous l'aurions souhaité. Elle ne lui a pas permis de m'exposer plus profondément un projet qui lui tenait à coeur, celui d'une revue où les acteurs et chercheurs politiques du Maghreb s'efforceraient de dépasser les visions étroites qui entravent la créativité, les capacités de mobilisation et d'unité d'action du champ politique démocratique  et progressiste maghrébin

C'est à cette cruelle période de sa vie que m'est apparu le courage lucide de Abdelghani. Connaissant la gravité de son mal, il y  faisait face en réconfortant ses interlocuteurs et sa famille ( qui le lui rendait admirablement), pas seulement par ses paroles et son humeur égales mais par sa ténacité tranquille à poursuivre ses activités, à échafaudait des prévisions alors que chaque effort lui coûtait. Il était si convaincant que le médecin que je suis se prenait sans illusion à espérer un miracle .
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Abdelghani a pourtant réalisé chez ceux qui l'ont approché mieux qu'un miracle. Il a renforcé notre confiance en les êtres humains et leurs capacités. Il nous incite à explorer encore plus les voies d'une rénovation et d'une revalorisation du politique et du rôle des partis, à une époque où ces derniers ont été érodés par les dégâts de la mondialisation capitaliste relayées par les pratiques hégémonistes ou opportunistes. A propos de nos bonnes intentions, Abdelghani aurait dit :  nous serons jugés sur nos actes

 

Saddek Hadjerres *

 


*Saddek Hadjerres est un exilé algérien de très longue date.
Médecin de formation, c'est sur la question du politique et   des droits de l'homme qu'il consacre sa vie. Résistant algérien et combattant pour la liberté, son intégrité et ses convictions l'ont très vite rapproché de Abdelghani. Il ne l'a certes pas connu très longtemps mais assez pour l'apprécier et le comprendre dans son évolution. Leur confiance était mutuelle.

 

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