A. BOUSTA


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Textes    

 

 

La vie n'est qu'un geste

 

Devant tout ce que la terre peut présenter comme misère humaine, haine aveugle, bêtise, injustice masquée, hypocrisie malsaine, on peut se demander où est l'utilité de se battre pour cela, où est l'utilité de se sacrifier pour un monde meilleur.

Ce qu'a fait mon père toute sa vie dépasse de loin la notion d'utilité ; il a atteint celle du beau.

Personne ne peut se permettre de dire que sa vie est utile. Quelques rares personnes sur terre peuvent dire que ce qu'ils ont fait entre la naissance et la mort était beau.

La vie est courte, bien entendu.
Nous ne sommes pas grand chose, bien entendu.
La mort nous attend  toujours trop impatiemment.
Alors la vie n'est qu'un geste.
Nous ne vivons que pour la beauté du geste.

Mais il n'y a que les artistes qui comprennent qu'un combat est beau plus qu'utile; il n'y a que les artistes géniaux qui ajoutent à ce beau combat son utilité, que les artistes fous géniaux qui arrivent à totalement abandonner toute envie égoïste et sacrifier leur ego pour confondre leur forte individualité avec une idéologie toute entière pour que l'homme devienne l'idée toute entière et incarne l'espoir
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Mon père était beau dans tous ses gestes, toutes ses pensées, toutes ses attentions. Il était humain lorsqu'il s'agissait de penser à autrui et il se transformait en machine lorsqu'il savait qu'il devait oublier ses besoins personnels pour se sacrifier pleinement à la lutte pour la justice et l'humanisation du système marocain.

Combien de personnes ainsi peuvent affirmer sans hésitation qu'au moment même de mourir, en regardant en arrière, ils n'auront rien à se reprocher ? Uniquement ceux qui n'ont jamais trahi leurs principes de départ, qui ne se seront jamais menti s à eux-mêmes.

Lundi 21 septembre 1998, c'est l'incarnation de l'intégrité et de la beauté artistique qui est morte d'une injustice.

Mais les artistes et les vrais êtres humains savent très bien que même dans l'état où il se trouve aujourd'hui dans ce cercueil, il reste encore bien plus vivant que beaucoup de personnes qui ont épuisé leur timide énergie  afin de tenter de lui faire du mal.

Il est mort en pleine puissance et toutes ses idées et ses espoirs ont gardé leur entière beauté et la garderont à jamais grâce à leur authenticité.

Il suscitait pour tous du respect. Ensuite de l'admiration. Puis les gens choisissaient entre l'envie et une amitié authentique. Aujourd'hui, ces deux types de personnes sont touchées. Amis ou ennemis, ils ont tous discuté une fois avec mon père et rencontré son regard qui savait viser juste et percer les barrières hypocrites, ils ont tous vu ce sourire qui leur faisait comprendre que quelle que soit l'idée qu'ils émettaient, ils les écoutaient avec une totale attention. Il aimait tout le monde. Et il est donc en chacun de nous qui le connaissons. Chacun de nous vient de perdre quelque chose de personnel.

 

Amine Bousta *


* Amine, 21 ans. Au départ, c'était une communication intime qu'il avait eue avec son père, le jour de son inhumation. Il la voulait entre lui et lui. Sa place, dans ce recueil, avec l'hommage que lui a rendu notre fille Rhita, est la manifestation de notre amour profond et sans partage pour celui que rien ni personne ne pourront jamais remplacer ou égaler à nos yeux.

 

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