Regroupés
au sein dune coordination, les anciens disparus lancent un appel pour que toute la
vérité soit faite sur le sort de tous les disparus. Ils contestent et dénoncent les
listes des morts et disparus publiées par le Conseil Consultatif des droits de
lhomme.
Celui-ci na pas cru nécessaire de prendre en compte leurs témoignages, ceux des
familles ni le contenu du rapport dAmnesty International en date du 31 Octobre 1998.
La coordination souligne labsence,
dans les listes du Conseil Consultatif de :
- 448 citoyens, « enlevés dans des lieux connus et par des personnes
identifiées »et dont les familles attendent toujours de connaître le sort .
- 57 personnes décédées. Daprès les disparus « les décès ont eu lieu
alors que (nous) étions nous-mêmes témoins de leur calvaire dans les bagnes de Laâyoun
et de Kalaât Lamgouna » :
Ahmed Mohamed Mustapha arrêté à
Marrakech en 1976 à lâge de 26 ans, a été reconnu parmi les personnes
décédées. Il « était en vie jusquen 1991, date de notre
libération. »
Plusieurs autres personnes décédées en
détention nont pas été reconnues par le Conseil Consultatif « alors que
nous étions témoins de leurs morts, comme cest le cas de :
Elbâamrani Mohammed hen Abdellah,
originaire de Oujda ; il était parmi le groupe Bnou Hachem dans le mouroir dAgdaz
avant de nous rejoindre. Nous sommes témoins de sa mort.
ALIOUI Hamid remis à la police par
les autorités tunisiennes étaient également parmi nous jusquen 1991. »
Madame Fatima AHERFOU était parmi
un groupe de femmes incarcérées à Agdz. Elle est décédée suite aux conditions de
détention.
« Deux autres personnes dont la coordination donne un signalement précis étaient
nos camarades de détention depuis plus de 16 ans. »
Le journal Attarik du 14-11-98 a
publié des témoignages de certains rescapés que nous traduisons :
« J'étais
avec un groupe de 27O personnes à Kalaât Lamgouna ; un autre groupe, venu de
Laâyoun, nous a rejoints. Nous étions 377 dont 69 femmes. Plusieurs enfants et des
personnes âgées étaient parmi nous. Après 16 ans de détention, 32O personnes étaient
libérées, 57 autres ont trouvé la mort. »
« Nous avons traversé un calvaire dépassant toute imagination. Quand je
pense à ces moments, je métonne davoir supporté cela. Nous avions des
séquelles psychologiques graves, des maladies qui ont emporté 13 personnes de notre
groupe ».
« Cest un drame ; la torture était notre pain quotidien. Chacun
de nous était encadré par dix soldats. Avec ou sans raison, on nous soumettait à des
tortures systématiques... Ce qui est aussi insupportable, ce sont les assiettes de
féculents que lon nous servait après que des chiens les aient entamées... Evanouis
sous la torture, on nous « offrait » un morceau de tissus dans lequel on
enveloppe habituellement les morts. »
« Après notre libération, plusieurs dentre nous nont pas
retrouvé leur femme et leurs enfants...jai passé 4 ans avec un bandeau sur les
yeux et condamné au mutisme ; pendant 2 ans javais les mains menottées
derrière le dos. Cétait dans la caserne de la 4ième unité
dintervention rapide à Laâyoun.. Jai failli devenir fou surtout quand on
entendait des femmes crier car elles étaient attaquées par des chiens spécialement
entraînés »
« Les murs des geôles
mouroirs portent les noms de ceux qui y sont passés : celui du groupe Ibnou Hachem,
Fatima AHERFOU, des membres de lorganisation Illa Al Amam.. Des groupes et des
organisations ayant des opinions différentes mais qui sont face à une même guerre
danéantissement »
« ...si le gouvernement voulait réellement en
finir avec cette question, il aurait dû dialoguer avec nous ; il aurait dû
résoudre le problème dans le cadre dune solution globale de la question des
disparus. Il est impossible de clore ce dossier sans juger les responsables de ces
crimes ». |