Début novembre
s'est tenu à Casablanca le 5ème congrès de la Jeunesse Ittihadia. Comme il a été
relaté dans la presse, ce congrès a été un fait politique national non négligeable et
un jalon de taille dans la vie interne de LUnion Socialiste des Forces Populaires
(l'USFP). Pour la première fois, au sein d'une organisation politique marocaine, les
jalons d'une certaine transparence organisationnelle ont franchi l'étape d'un congrès.
Ce congrès a été bâti et mené par une
génération qui a décidé, contre toute attente, de passer la main au sein de
l'organisation de jeunesse afin de mieux se consacrer au travail au sein du parti même.
Désormais, il ne sera plus possible d'assumer des responsabilités nationales au sein de
la Jeunesse Ittihadia à plus de trente cinq ans. Ce congrès a ainsi posé à l'USFP un
problème complexe : Les passerelles naturelles de régénération au sein du parti
sont atteintes par des dysfonctionnements multiples : La sortie de «l'école de la
jeunesse» n'implique pas une intégration au sein du parti. Au même titre que le
système éducatif marocain reste en inadéquation majeure avec le tissu socio-économique
national. Faits conjoncturels ou faits structurels ?
Avec tout le respect que l'on peut être
amené à lui accorder, la direction du parti est plus habituée à décider dans un salon
en vue de faire plébisciter sa décision au sein de l'appareil qu'à présenter les
éléments d'analyse en même temps que la solution proposée en vue de recueillir le
point de vue libre des militants. La question est donc : quelle est, aujourd'hui, la forme
organisationnelle la plus adéquate au sein d'une structure politique qui se voudrait
démocratique ?
Le 5ème congrès de la Jeunesse Ittihadia
a tenté de répondre à cette question en prenant deux décisions majeures :
- l'abolition de la fameuse et très puissante « commission des
candidatures » la machine à « fabriquer » les responsables.
- l'instauration d'un vote à bulletin secret.
La première décision autorise tout
congressiste à « candidater » librement aux différents postes de
responsabilité nationale sans attendre que son nom soit « aimablement »
cité par la « commission des candidatures ».
La deuxième décision renforce la liberté
de tout un chacun. Le vote peut avoir lieu sans représailles.
En plus de ces deux messages
organisationnels, le congrès et les tractations qui ont suivi ses travaux ont délivré
un message politique clair, un seul : l'élection au secrétariat général de Mohammed
Hafid. Représentant de cette génération qui, dans le respect des leaders, revendique
son indépendance pleine, Mohammed Hafid avait défrayé la chronique en contestant sa
propre élection lors du scrutin législatif du 16 novembre 1997. Ce scrutin avait été
caractérisé par de multiples cas de fraudes. Je refuse d' " être un faux député
" avait-il annoncé à l'époque. Il est aujourd'hui le vrai secrétaire général
d'une vraie institution. Cependant, la tâche est loin d'être facile. Le modèle
organisationnel proposé par la Jeunesse Ittihadia risque d'en gêner plus d'un. Il n'est
pas dit que ce modèle puisse survivre au congrès de l'USFP annoncé pour mai 1999. Ce
congrès est plutôt perçu comme l'occasion du plébiscite de la décision prise par
Abderrahman Youssoufi de participer à un gouvernement dit d'alternance. Et pourtant,
cette décision restera face à l'Histoire comme une décision prise dans des conditions
non démocratiques, une décision de salon transformée en fait accompli.
Le modèle organisationnel proposé par la
Jeunesse Ittihadia, lors de son dernier congrès, est donc un modèle dont l'objectif est
de défendre une refondation du processus de prise de décision au sein du plus grand
parti de la gauche marocaine. Il est peut-être utile de rappeler que les différentes
secousses vécues par la gauche marocaine depuis sa fondation sont des conséquences de
l'inadéquation de ses processus décisionnels. Une redéfinition de ces processus sera
peut-être le catalyseur d'une recomposition de la gauche au Maroc. C'est le projet de
toute une génération. Il a des détracteurs multiples.
Omar SEGHROUCHNI |