DROITS PLURIELS


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DROITS PLURIELS - N° 10 - Décembre 1998

JEUNESSE ITTIHADIA :
DU PLEBISCITE AU REFERENDUM.

UN CONGRES FONDATEUR

Début novembre s'est tenu à Casablanca le 5ème congrès de la Jeunesse Ittihadia. Comme il a été relaté dans la presse, ce congrès a été un fait politique national non négligeable et un jalon de taille dans la vie interne de L’Union Socialiste des Forces Populaires (l'USFP). Pour la première fois, au sein d'une organisation politique marocaine, les jalons d'une certaine transparence organisationnelle ont franchi l'étape d'un congrès.

Ce congrès a été bâti et mené par une génération qui a décidé, contre toute attente, de passer la main au sein de l'organisation de jeunesse afin de mieux se consacrer au travail au sein du parti même. Désormais, il ne sera plus possible d'assumer des responsabilités nationales au sein de la Jeunesse Ittihadia à plus de trente cinq ans. Ce congrès a ainsi posé à l'USFP un problème complexe : Les passerelles naturelles de régénération au sein du parti sont atteintes par des dysfonctionnements multiples : La sortie de «l'école de la jeunesse» n'implique pas une intégration au sein du parti. Au même titre que le système éducatif marocain reste en inadéquation majeure avec le tissu socio-économique national. Faits conjoncturels ou faits structurels ?

Avec tout le respect que l'on peut être amené à lui accorder, la direction du parti est plus habituée à décider dans un salon en vue de faire plébisciter sa décision au sein de l'appareil qu'à présenter les éléments d'analyse en même temps que la solution proposée en vue de recueillir le point de vue libre des militants. La question est donc : quelle est, aujourd'hui, la forme organisationnelle la plus adéquate au sein d'une structure politique qui se voudrait démocratique ?

Le 5ème congrès de la Jeunesse Ittihadia a tenté de répondre à cette question en prenant deux décisions majeures :
- l'abolition de la fameuse et très puissante « commission des candidatures » la machine à « fabriquer » les responsables.
- l'instauration d'un vote à bulletin secret.

La première décision autorise tout congressiste à « candidater » librement aux différents postes de responsabilité nationale sans attendre que son nom soit «  aimablement » cité par la « commission des candidatures  ».

La deuxième décision renforce la liberté de tout un chacun. Le vote peut avoir lieu sans représailles.

En plus de ces deux messages organisationnels, le congrès et les tractations qui ont suivi ses travaux ont délivré un message politique clair, un seul : l'élection au secrétariat général de Mohammed Hafid. Représentant de cette génération qui, dans le respect des leaders, revendique son indépendance pleine, Mohammed Hafid avait défrayé la chronique en contestant sa propre élection lors du scrutin législatif du 16 novembre 1997. Ce scrutin avait été caractérisé par de multiples cas de fraudes. Je refuse d' " être un faux député " avait-il annoncé à l'époque. Il est aujourd'hui le vrai secrétaire général d'une vraie institution. Cependant, la tâche est loin d'être facile. Le modèle organisationnel proposé par la Jeunesse Ittihadia risque d'en gêner plus d'un. Il n'est pas dit que ce modèle puisse survivre au congrès de l'USFP annoncé pour mai 1999. Ce congrès est plutôt perçu comme l'occasion du plébiscite de la décision prise par Abderrahman Youssoufi de participer à un gouvernement dit d'alternance. Et pourtant, cette décision restera face à l'Histoire comme une décision prise dans des conditions non démocratiques, une décision de salon transformée en fait accompli.

Le modèle organisationnel proposé par la Jeunesse Ittihadia, lors de son dernier congrès, est donc un modèle dont l'objectif est de défendre une refondation du processus de prise de décision au sein du plus grand parti de la gauche marocaine. Il est peut-être utile de rappeler que les différentes secousses vécues par la gauche marocaine depuis sa fondation sont des conséquences de l'inadéquation de ses processus décisionnels. Une redéfinition de ces processus sera peut-être le catalyseur d'une recomposition de la gauche au Maroc. C'est le projet de toute une génération. Il a des détracteurs multiples.

Omar SEGHROUCHNI