DROITS PLURIELS


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DROITS PLURIELS - N° 11 - Mars 1999

REPERES
RUBRIQUE DE COURTES INFORMATIONS

GREVES OUVRIERES ET REPRESSION

- Les responsables de la coopérative agricole laitière de Marrakech se sont attaqués aux ouvriers en grève. Ceux-ci avaient été licenciés en raison de leur appartenance à la Confédération Démocratique du Travail (CDT). Cette répression s’est encore une fois déroulée en la présence des autorités locales et s’est soldée par un grand nombre de blessés dont deux sont dans un état grave.

- L’union régionale des syndicats de Rabat et Salé a organisé une marche en direction du parlement le dimanche 21 février 1999. Suite au licenciement massif de plus de 1000 ouvriers des usines SAIKO et DEFITEX et les moulins des céréales du littoral de Rabah ainsi que celui des dizaines d’ouvriers de la société MATE à Salé et STENEX à Témara, l’union régionale des syndicats revendique, entre autres, l’arrêt des fermetures illégales de ces usines et la réintégration de tous les ouvriers de ces sociétés.

- Parallèlement aux discours gouvernementaux sur les droits de l’Homme au Maroc et les droits au travail, plusieurs patrons des secteurs de la confection (couture et habillement) organisent des attaques en règle contre les ouvriers.

UNE LIGUE QUI DERANGE

D’anciens prisonniers, exilés et disparus politiques, ont tenté de créer une association sous le nom de " la ligue des anciens prisonniers, exilés et disparus  politiques à Marrakech "

Ils ont effectué toutes les démarches légales pour la constitution du dossier d’autorisation. Les autorités concernées ont refusé de prendre en considération ce dossier qui leur a été directement déposé.

L’association a donc renvoyé ce dossier par voie postale recommandée. Il a été encore une fois rejeté et renvoyé par l’intermédiaire du chef de district sous prétexte que la demande ne relevait pas de leurs compétences.

En dernier recours, les anciens prisonniers, exilés et disparus politiques ont écrit aux procureur du roi qui leur a clairement exprimé un refus catégorique : cette ligue ne peut être légale.

Les anciens prisonniers, exilés et disparus marocains lancent un appel à tout le mouvement démocratique national et international pour condamner cette décision arbitraire.

REPRESSION INJUSTE ET INJUSTIFIEE :
UNE NOUVELLE "BAVURE D'ETAT"

Octobre 1998 : la répression sauvage contre une manifestation pacifique de diplômés chômeurs, a fait coulé beaucoup d’encre. Le gouvernement Youssoufi s’en est excusé sans pour autant poursuivre les responsables de ces exactions.

Février 1999 : quatre mois après, date anniversaire de la nomination de monsieur Youssoufi comme premier ministre, la brutalité a été une fois encore utilisée contre les diplômés chômeurs, cette fois non voyants.
La marche pacifique de ces derniers avait pour objectif de sensibiliser l’opinion publique sur leur situation et sur le sitting qu’ils tiennent depuis six mois à Rabat. Ce droit, garanti par la constitution, est considéré par les autorités marocaines comme une menace contre l’ordre public.

Comme le rapporte l’hebdomadaire Le Journal, ces non voyants " étaient-ils à même de casser des vitrines, brûler des voitures, molester les forces de l’ordre, attenter à la sécurité des personnes et des biens ?"

Le silence du gouvernement sur cette répression injustifiée nous interpelle d’autant plus que l’association des diplômés chômeurs regroupe près de 2000 adhérents et représente tant par sa dimension que par la justesse de ses revendications, une force incontournable.

L’histoire se répéterait-t-elle indéfiniment ?

  ONT-ILS A CE POINT OUBLIE?

Dans sa lettre envoyée au roi du Maroc le 21 mars 1999, suite à la rencontre des groupes et partis de la majorité parlementaire, monsieur A. Youssoufi, premier ministre, mentionne entre autre : " la pertinence de votre pensée, Majesté, a marqué l’essence et le fonds des débats de cette rencontre(…) nous vous assurons de notre engagement devant Dieu à persévérer sur la voie dont vous avez établi les jalons et renforcé les bases pour assurer la réussite de notre système parlementaire et hisser notre démocratie aux rangs les plus élevés."

Le gouvernement de gauche au Maroc a, certes, été investi dans le cadre de la constitution marocaine ; il est donc sous l’autorité unique du roi. Mais, pour hisser la démocratie aux rangs les plus élevés ne faudrait-il pas faire la preuve que le Maroc est un état de droit ?

Que le régime veuille tourner la page sur les violations flagrantes des droits de l’Homme dont a été victime une grande majorité de militants, nous l’avons entendu.

Que monsieur Youssoufi semble convaincu de la possibilité de réaliser la démocratie au Maroc dans le cadre d’une constitution monarchique (et non une monarchie constitutionnelle) où tous les pouvoirs sont concentrées aux mains du roi, nous l’avons compris.

Mais cela ne doit en aucun cas rendre le gouvernement amnésique …

La démocratie  ne se décrète pas du jour au lendemain sans rendre des comptes aux victimes du non-droit .