DROITS PLURIELS


Présentation    

N.2 Février 98    

N.7 Septembre 98    

N.8 Octobre 98    
Un homme de conviction : Abdelghani Bousta    
Hommage de son épouse et ses enfants    
Hommage de la famille Benbarka    
Conférence de presse des familles des disparus au Maroc    
Communiqué de la famille Benbarka    


N.9 Novembre 98    

N.10 Décembre 98    

N.11 Mars 98    

N.12 Septembre 99    

N.13 Octobre 2000    

           

DROITS PLURIELS - N° 8 - Octobre 1998

UN HOMME DE CONVICTION :
ABDELGHANI BOUSTA

 

Un homme de conviction : ABDELGHANI BOUSTA

Abdelghani Bousta
        Le 21 Septembre 1998, le Mouvement démocratique et progressiste marocain a perdu un symbole du combat pour la liberté, le droit, la démocratie et la dignité humaine. Abdelghani BOUSTA n’avait que 49 ans.
Depuis l’âge de 18 ans, il va participer aux luttes estudiantines et politiques principalement au sein de l’Union Nationale des Etudiants du Maroc (U.N.E.M.) et de l’Union Nationale des Forces Populaires (U.N.F.P.) fondée par Mehdi BENBARKA.
Exilé de 1973 à 1994, il sera l’initiateur en 1975 du Mouvement Option Révolutionnaire et fondateur de son mensuel.
En 1993, il est membre du Bureau national et du Comité central du Parti de l’Avant garde Démocratique Socialiste (P.A.D.S.) dont il sera le représentant en Europe en publiant « la lettre du Maroc ».

Principal fondateur du Centre Marocain pour la Coopération et les Droits de l’Homme (C.M.C.D.H.) en 1989, il a créé le bulletin « Droits Pluriels ».
Nous ne pourrons pas ici faire l’inventaire de son parcours de combattant, l’inventaire de ses écrits tant politiques que poétiques. Cela se fera un jour car il a été et restera pour nous et pour bien d’autres personnes qui l’ont côtoyé un homme de conviction et d’idées. Sa mémoire restera vivante à travers ce qu’il a pu faire, ce qu’il a écrit et son souci toujours présent de faire évoluer ses idées. Sur la question des droits de l’Homme, il disait lors d’une conférence au Parlement Européen à Strasbourg en 1990 : « La dynamique des droits de l’Homme nous impose (donc) non seulement de défendre leur application tels qu’ils sont définis dans les déclarations internationales mais d’oeuvrer constamment à leur évolution et leur promotion ».

Au niveau politique, son souci permanent était de lutter contre l’obscurantisme, de permettre de relever le vrai débat politique et d’idées et de donner à la jeunesse si importante au Maroc les éléments d’analyse pour que la lutte pour la Liberté, l’Etat de Droit, la Démocratie et la dignité humaine conserve son sens véritable et soit toujours au delà de tout calcul politicien.
Pour lui, toute tactique politique ne devra se faire que dans le cadre d’une stratégie claire et transparente en faveur du peuple.

Il avait pour l’analyse de la situation actuelle une position critique ; comme il l’a écrit dans le dernier numéro de « droits pluriels » 5 jours avant son décès au sujet du bilan de YOUSSOUFI : « On jugera sur pièces ». Il n’a pas eu le temps de le faire mais il est certain que ceux qui ont épousé ses analyses feront le nécessaire pour poursuivre ses objectifs avec les limites de leurs moyens. Quels que soient l’enjeu et les rapports de force, sa ténacité dans la lutte restait permanente ; il épousait cette phrase de Max FRICH « Celui qui lutte peut perdre, celui qui renonce à lutter a déjà perdu ». Fidèle à ses convictions, il allait jusqu’au bout de ses capacités . Dans la pratique politique il était exigeant envers lui comme envers les autres.

Au delà du politique et de son combat permanent pour l’instauration d’une véritable démocratie au Maroc, ce sont ses qualités humaines que nous ne pourrons oublier. On pouvait ne pas partager ses opinions mais la majorité de ceux qui l’ont connu, côtoyé s’accordent pour rendre hommage à sa tolérance, son esprit de solidarité et son amabilité. Les qualités humaines et relationnelles étaient pour lui nécessaires dans le combat politique. Il affirmait toujours que « pour instaurer la Démocratie il faut d’abord être un démocrate ». Selon lui, la Démocratie n’était pas un vain mot, « une enseigne que l’on exhibe aux touristes » comme le disait Mehdi BEN BARKA ; c’est un travail au quotidien que l’homme devrait faire sur lui même pour qu’elle ait son sens véritable et qu’elle se pérennise.

« Droits pluriels » a voulu être cette voix, ô combien indispensable pour que ne soient pas mis aux oubliettes les fondements même de l’Egalité, du Droit et de la Dignité.