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DROITS PLURIELS - N° 8 - Octobre 1998
UN HOMME DE CONVICTION :
ABDELGHANI BOUSTA
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| HOMMAGE DE SON EPOUSE ET
SES ENFANTS |
le 24
septembre 1998
Longtemps
je me suis demandé sil fallait te rendre hommage tout haut : non pas que tu ne
le méritais pas mais surtout parce que tu as toujours été au-dessus de ces
choses...Mais moi, je ne peux pas te dire un dernier adieu sans le faire. Je ne le fais
pas seulement en tant que père de mes enfants, ni en tant que conjoint, cest aussi
en tant que compagnon et camarade.
Ingénieur à 20 ans, directeur des
barrages du Sud marocain à 23 ans, tu pouvais te contenter de cette situation aisée et
confortable. Non, tu as tout quitté sans hésitation pour un combat acharné contre
linjustice, pour le droit, la liberté, la démocratie et la sauvegarde de la
dignité du peuple marocain et de tous les peuples. Ce combat a été dur.
Mille fois il aurait été légitime
de labandonner pour te consacrer à ta vie personnelle et professionnelle et mille
fois tu as continué ta route sans hésitation. Non pas pour avoir un pouvoir, ni un poste
quelconque : tu nétais pas dans le « paraître » toi. Certes,
certains ne lauront pas compris.
Intègre, tu as mené cette lutte
sans jamais, pendant près de trente ans que nous nous connaissons, déroger à tes
principes fondamentaux pour satisfaire tes préoccupations personnelles.
Depuis juillet 1996, tu as mené un
autre type de combat : celui contre la maladie. La force et les ressources que tu as
trouvées pour perdurer autant malgré cette maladie déjà avancée, restera pour moi de
lordre du mythe.
Tu as continué ta lutte politique,
lexpression de tes opinions, alors que tu combattais la maladie.
Si jai été une militante à
part entière pendant des années, je peux te dire quà ce moment de la maladie, mon
seul souci était de te soutenir et de faire tout mon possible pour toffrir toutes
les conditions nécessaires pour continuer ta bataille politique. Je lai fait en
tant quépouse mais aussi et surtout en tant que camarade. Tes capacités
décriture, la justesse de tes analyses, la dignité de ton comportement méritaient
cela et bien plus. Etais-je à la hauteur ? Ce que je sais cest que jai
fait les choses comme je les ressentais, sans calcul...
Ton combat contre la maladie se
conjuguait avec ta lutte pour la liberté, la justice et létat de droit au Maroc.
Même pendant la dernière semaine de ta vie, tu corrigeais les épreuves de tes écrits
qui ont paru le 16 septembre.
Mais doù te venaient toute
cette ressource, cette maîtrise de soi ? Cest je pense dans la confiance
que tu avais dans tes convictions. Tu avais en outre la conscience pour toi :
cest cela qui ta gardé jusquau bout, debout face à ladversité
et à la maladie.
Comme tu le disais : « Il y
a des hommes que lon peut détruire mais que lon ne peut mettre à
genoux. »
Oui, ta vie entière était un combat et tes deux
enfants lont très bien ressenti. Ils voudraient te dire que pour eux, comme pour
tous, tout ce que tu as créé et laissé dans ton passage reste à jamais immortel. Et
quils ne peuvent pas te dire complètement adieu car tu restes à jamais dans leur
tête, dans leur coeur, et dans leurs tripes. |
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