DROITS PLURIELS


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N.7 Septembre 98    

N.8 Octobre 98    

N.9 Novembre 98    
Victoire de la mémoire contre l'oubli    
Les Droits Humains au Maroc, un dossier qui reste ouvert    
Compte-rendu de l'hommage à Abdelghani Bousta    
Repères    


N.10 Décembre 98    

N.11 Mars 98    

N.12 Septembre 99    

N.13 Octobre 2000    

           

DROITS PLURIELS - N° 9 - Novembre 1998

LES DROITS HUMAINS AU MAROC
UN DOSSIER QUI RESTE OUVERT.

 

En Septembre 1998, le roi du Maroc est intervenu dans l’Assemblée Nationale "élue" pour sommer les députés et le gouvernement de clore de manière définitive le dossier des Droits de l’Homme.
Pendant des années, le régime marocain a soutenu face à l’opinion nationale et internationale qu’il n’y avait pas de détenus politiques au Maroc ; grâce à la persévérance et le combat menés de longue date par le Mouvement progressiste marocain ainsi qu’à la solidarité internationale et européenne, en particulier, le pouvoir a reconnu non seulement l’existence des détenus mais encore celle des bagnes et différents lieux de détention dont certains ont, depuis, été rasés. La reconnaissance , dernièrement de l’existence des disparus et du décès de certains d’entre eux est certes un acquis et une victoire de tous ceux qui n’ont pas cessé de dénoncer la répression et l’atteinte à la liberté ; mais cet aveu ne pourra pas être une fin en soi. Le laxisme, les multiples hésitations sur les listes des personnes décédées, la confusion entretenue autour du nombre réelle de disparus, l’annonce de l’existence de disparus à l’étranger...autant de faits qui, d’entrée de jeu , nous rendent sceptiques sur la volonté de traiter sérieusement ce dossier . Comme le souligne l’Association Marocaine pour les Droits Humains (AMDH) dans son communiqué du 26 Octobre :

  • 16 noms de disparus politiques figurent dans les listes de l’AMDH et ne sont pas déclarés dans les listes du Conseil Consultatif des Droits de l’homme
  • dans la liste des personnes décédées donnée par le conseil consultatif , trente d’entre elles étaient déclarées mortes depuis 1990
  • parmi les personnes déclarées vivantes, 2 d’entre elles n’ont jamais fait partie de la liste des disparus . Quant aux 10 autres, l’AMDH n’a pas pu avoir leur adresse pour qu’elle puisse rentrer en contact avec elles
  • seuls 20 sur 36 détenus politiques ont été libérés
  • les affaires Serfaty et Yacine n’ont même pas figuré à l’ordre du jour du Conseil Consultatif des droits de l’homme.

Ajoutons que depuis 33 ans la vérité sur l’enlèvement et la disparition de Mehdi BENBARKA est toujours étouffée.

Parallèlement, au moment même où ce dossier brûlant est traité, les manifestations pacifiques des diplômés chômeurs sont réprimées sans aucun ménagement : coups et blessures, arrestations... les méthodes ne semblent pas avoir changé ; le gouvernement a mis ces événements sur le compte de simples bavures comme s’il s’agissait de l’acte d’un policier isolé et ne nous clarifie pas comment seront punis les responsables de ces actes.
L’ouverture du dossier sur les droits humains n’a donc pas empêché une pratique ancestrale de se répéter.

En fait la question des droits de l’homme au Maroc relève de notre conviction sur les fondements mêmes de l’Etat de droit. Cette question ne pourra trouver de solution définitive sans la remise en cause des fondements mêmes de notre constitution basée sur un pouvoir monarchique absolu qui s’est doté "d’une simple façade démocratique factice". Seul un véritable Etat de droit basé sur la souveraineté populaire pourrait permettre que ce dossier soit réellement fermé. En attendant, les familles des disparus et des prisonniers politiques montrent dans la souffrance et la dignité un grand courage et une réelle détermination dans leurs revendications : elles ne prendront acte du décès de leurs proches qu’au moment où on leur remettra leurs corps et qu’on leur clarifiera les dates et les circonstances réelles de leur mort. Elles ne seront satisfaites que lorsque les responsables seront poursuivis et jugés pour les crimes commis.
On ne peut, en aucun cas, brader la souffrance humaine en arrachant une page de l’Histoire.