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DROITS PLURIELS - N° 9 - Novembre
1998
LES DROITS HUMAINS AU MAROC
UN DOSSIER QUI RESTE OUVERT.
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En Septembre 1998, le roi du
Maroc est intervenu dans lAssemblée Nationale "élue" pour sommer les
députés et le gouvernement de clore de manière définitive le dossier des Droits de
lHomme.
Pendant des années, le régime marocain a soutenu face à lopinion nationale et
internationale quil ny avait pas de détenus politiques au Maroc ; grâce
à la persévérance et le combat menés de longue date par le Mouvement progressiste
marocain ainsi quà la solidarité internationale et européenne, en particulier, le
pouvoir a reconnu non seulement lexistence des détenus mais encore celle des bagnes
et différents lieux de détention dont certains ont, depuis, été rasés. La
reconnaissance , dernièrement de lexistence des disparus et du décès de
certains dentre eux est certes un acquis et une victoire de tous ceux qui nont
pas cessé de dénoncer la répression et latteinte à la liberté ; mais cet
aveu ne pourra pas être une fin en soi. Le laxisme, les multiples hésitations sur les
listes des personnes décédées, la confusion entretenue autour du nombre réelle de
disparus, lannonce de lexistence de disparus à létranger...autant de
faits qui, dentrée de jeu , nous rendent sceptiques sur la volonté de traiter
sérieusement ce dossier . Comme le souligne lAssociation Marocaine pour les Droits
Humains (AMDH) dans son communiqué du 26 Octobre :
- 16 noms de disparus politiques figurent
dans les listes de lAMDH et ne sont pas déclarés dans les listes du Conseil
Consultatif des Droits de lhomme
- dans la liste des personnes décédées donnée par le conseil
consultatif , trente dentre elles étaient déclarées mortes depuis 1990
- parmi les personnes déclarées vivantes, 2 dentre elles
nont jamais fait partie de la liste des disparus . Quant aux 10 autres, lAMDH
na pas pu avoir leur adresse pour quelle puisse rentrer en contact avec elles
- seuls 20 sur 36 détenus politiques ont été libérés
- les affaires Serfaty et Yacine nont même pas figuré à
lordre du jour du Conseil Consultatif des droits de lhomme.
Ajoutons que depuis 33 ans la
vérité sur lenlèvement et la disparition de Mehdi BENBARKA est toujours
étouffée.
Parallèlement, au moment
même où ce dossier brûlant est traité, les manifestations pacifiques des diplômés
chômeurs sont réprimées sans aucun ménagement : coups et blessures,
arrestations... les méthodes ne semblent pas avoir changé ; le gouvernement a mis
ces événements sur le compte de simples bavures comme sil sagissait de
lacte dun policier isolé et ne nous clarifie pas comment seront punis les
responsables de ces actes.
Louverture du dossier sur les droits humains na donc pas empêché une
pratique ancestrale de se répéter.
En fait la question des
droits de lhomme au Maroc relève de notre conviction sur les fondements mêmes de
lEtat de droit. Cette question ne pourra trouver de solution définitive sans la
remise en cause des fondements mêmes de notre constitution basée sur un pouvoir
monarchique absolu qui sest doté "dune simple façade démocratique
factice". Seul un véritable Etat de droit basé sur la souveraineté populaire
pourrait permettre que ce dossier soit réellement fermé. En attendant, les familles des
disparus et des prisonniers politiques montrent dans la souffrance et la dignité un grand
courage et une réelle détermination dans leurs revendications : elles ne prendront
acte du décès de leurs proches quau moment où on leur remettra leurs corps et
quon leur clarifiera les dates et les circonstances réelles de leur mort. Elles ne
seront satisfaites que lorsque les responsables seront poursuivis et jugés pour les
crimes commis.
On ne peut, en aucun cas, brader la souffrance humaine en arrachant une page de
lHistoire. |
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